La GSMA SGP.32 est la toute dernière norme publiée mi-2024 concernant les objets connectés. Son objectif ? Révolutionner la façon dont les cartes eSIM sont gérées à distance, spécifiquement pour les milliards d’appareils de l’internet des objets (IoT).
Le standard SGP.32 vient résoudre la problématique de gestion à distance des larges flottes d’objets IoT. Ici pas besoin de l’infrastructure lourde du M2M, ni de l’intervention humaine requise par l’eSIM grand public. Elle introduit une gestion automatisée via un « Remote Manager » (eIM). Elle s’adapte donc aux contraintes des objets connectés d’aujourd’hui, qu’ils soient sans écran, sur batterie ou limités en bande passante.
Pour les fabricants, c’est par contre un important changement de paradigme qui déplace la complexité du réseau vers l’objet. Si l’adoption du SGP.32 exige une mise à niveau matérielle et logicielle, elle apporte une indépendance vis-à-vis des opérateurs et des pays de déploiement.
Pourquoi SGP.32 est nécessaire ?
Avant SGP.32, les fabricants d’objets connectés étaient coincés entre 2 normes inadaptées aux déploiements d’objets en volume d’aujourd’hui :
Le modèle M2M (SGP.02) inadapté pour le « Massive IoT »
L’ancienne norme M2M nécessitait des intégrations entre les serveurs des opérateurs et utilisait généralement les SMS pour déclencher les mises à jour. Cela ne fonctionne pas pour les réseaux basse consommation (LPWAN comme NB-IoT) qui gèrent mal ou pas du tout les SMS.
Le modèle grand public (SGP.22) est également inadapté
La norme utilisée pour ajouter une eSIM à votre smartphone fonctionne très bien mais nécessite une action humaine (Généralement scanner un QR code, cliquer sur « télécharger »). Or, la majorité des objets IoT sont « Headless » (sans écran ni clavier). Il semble évident qu’un capteur de fuite sans fil enterré ne peut pas cliquer sur un bouton.
SGP.32, comment ça marche ?
Le fonctionnement de cette nouvelle norme est modulaire, impliquant plusieurs « acteurs » qui travaillent ensemble pour gérer la carte SIM à distance. Pour faire simple, on remplace les actions humaines par des actions automatisées.
- eIM (eSIM IoT Remote Manager) : Un chef d’orchestre central
Une interface qui remplace l’action humaine et qui décide quel profil SIM doit aller sur quel appareil, à quel moment (téléchargement, activation, etc.) et qui déclenche l’action. - IPA (IoT Profile Assistant) : un petit agent installé dans l’appareil ou dans l’eSIM. Il reçoit les ordres de l’eIM puis contacte l’opérateur mobile ou M2M (Serveur sécurisé SM-DP+) pour lui spécifier le type de profil dont il a besoin. On retrouvera l’IPA-d (Device), logiciel installé dans le système d’exploitation de l’objet ou IPA-e (Embedded), logiciel intégré directement dans la puce eSIM. Cette dernière est une solution bien plus simple à implémenter pour le fabricant.
- eUICC : la carte d’identité numérique elle-même, intégrée dans l’appareil IoT. C’est elle qui reçoit les ordres
Pourquoi une nouvelle norme pour l’IoT ?
Les anciennes normes eSIM (SGP.02/SGP.22) étaient adaptées aux smartphones ou véhicules. Mais l’IoT a des besoins très différents :
Des appareils plus « fragiles » et isolés
Les capteurs, passerelles et équipements IoT sont souvent :

Peu énergivores : conçus pour être le plus autonome possible, ces équipements doivent consommer très peu d’énergie

Des appareils et des équipements difficiles d’accès : ils peuvent être installés dans des zones en hauteurs, endroits exigus, en zones dangereuses, inaccessibles, confinés…

Connectés avec des technologies basse consommation : un réseau IoT a besoin de solutions adaptées à son déploiement. Il doit être compatible avec un des protocoles longue distance, répondant aux besoins en bande passante et économe en énergie
La norme SGP.32 est pensée pour répondre à ces contraintes en éliminant les interventions physiques, en utilisant le protocole léger CoAP/DTLS pour minimiser l’impact des transactions sur les batteries, en répondant aux latences des réseaux LTE-M et NB-IoT, en utilisant SM-DP+ (identique aux smartphones) pour le déploiement en masse et le tout simplement et efficacement.
Un déploiement de masse simplifié
Cette nouvelle norme répond aux besoins des petits réseaux IoT à des millions d’installations. Elle permet, par exemple, à une entreprise de déployer des milliers de capteurs, de les allumer, et de « pousser » automatiquement (sans intervention humaine) la bonne configuration réseau mobile de l’opérateur à distance, le tout via des protocoles économes en énergie.
Le dernier avantage est la standardisation. La SGP.32 harmonise la technologie et est donc compatible pour un même appareil quel que soit le pays de destination. Ainsi, un seul firmware est compatible avec tous les pays et toutes les normes !
Un réel gain en termes de sécurité (surface d’attaque), maintenabilité et déploiement.
Les impacts pour les professionnels
L’adoption de la SGP.32 apportera des avantages stratégiques majeurs pour les fabricants et les professionnels du déploiement de telles solutions que ce soit en simplicité, durée de vie et sécurité.

Simplification logistique et réduction des coûts
Plus besoin de stocker plusieurs versions différentes d’un appareil et son firmware selon l’opérateur ou le pays. Un seul modèle répond aux besoins du monde entier.

Pérennité et flexibilité
Les équipements ont une durée de vie plus longue. En effet, en cas de changement de réglementation ou d’opérateur, l’ajustement se fait en un clic à travers une plateforme dédiée.

Cybersécurité
la norme intègre des mécanismes de chiffrage pour protéger les données et l’identité des appareils.
Pas de rétrocompatibilité
Les équipements IoT répondant au SGP.32 ne sont pas de rétrocompatibles avec les standards existants.
L’ensemble des objets déployés avec l’ancienne norme M2M (SGP.02) n’ont que très peu de chance de pouvoir être mis à jour vers ce nouveau standard. En effet, pour l’implémenter votre objet devra :
- Intégrer une puce eUICC compatible SGP.32 et s’assurer de la compatibilité du module Radio (type Quectel, Telit, Sierra Wireless…).
- Implémenter le logiciel IPA suivant l’option qui sera sélectionnée (Dans le device IPA-d ou embarquée dans l’eSIM IPA-e)
- Sélectionner un partenaire eIM pour gérer la flotte à distance.
Cependant les infrastructures opérateurs grand public SGP.22 sont-elles rétrocompatibles avec SGP.3.2 ? La complexité d’implémentation se déplace donc vers le fabricant de l’équipement. Cela signifie qu’une fois implémenté, la compatibilité est mondiale et multi-opérateurs est immédiate.

Comme toujours, le marché va mettre quelques années à basculer vers ce nouveau standard. Très dépendant des fabricants, certains fournisseurs de connectivité s’adaptent et commencent à proposer un mode « hybride ».


